A l'heure où le Pacte Écologique n'est plus qu'une lointaine utopie, je me permets de reproduire un article de Patricia Piel paru dans le bulletin Charente-Maritime de la LPO. Il illustre bien la mentalité des gens d'ici, qui diffère d'ailleurs malheusement peu de celle des gens d'ailleurs.
Nous avons eu l'épisode glorieux de ce Bongios nain abattu en novembre dernier en Charente-Maritime, puis celui de cette Spatule blanche, truffée de plomb en pleine réserve de Moëze, deux espèces protégées et facilement identifiables. Mais que dire de cette battue au renard organisée le 18 mars et semant la panique en pleine héronnière du bois des Sables à Luzac parmi la colonie de Héron cendré en train d'y nicher depuis près d'un mois ?
Les Marais de la Seudre, zone Natura2000 au titre de la directive Habitats et Oiseaux, voient se multiplier les actes d'une rare intelligence ces derniers mois : curage et calibrage sauvage de fossés hors saison, destructeurs de la faune et de la flore; retournements gratuits aux lourds engins mécaniques de talus porteurs de stations d'orchidées; arrachage de haies de prunelliers; sacs de pesticides éventrés, abandonnés en plein champs, livrés aux intempéries, qui distillent leur poison dans les nappes phréatiques; sacs de 60 kg d'engrais azotés tombés d'un camion agricole et déversant joliment leurs granulés verts dans l'eau des chenaux... La liste est longue.
Entre pétarades des fusils, grondements de pelleteuses et de tronçonneuses, généreuse aspersion des rampes insecticides dans les cultures, ou d'herbicides dans les rues des villages par les biens nommées "brigades vertes", l'homme semble avoir besoin de se forger des ennemis imaginaires : l'oiseau, l'insecte, la fleur font ainsi partie des adversaires à éliminer. Il a aussi une propension remarquable à se mettre des oeillères et à trouver des boucs émissaires qui le dédouanent de sa responsabilité personnelle. Que penser ainsi des hoquets accusateurs diffusés chroniquement sur les ondes et par la presse sur la responsabilité des oiseaux migrateurs dans la propagation de la grippe aviaire alors que tout le monde sait pertinemment que la faute en revient au confinement dans des élevages industriels et à la course au profit ?
Que dire du serment si sincère et si émouvant sur le Pacte écologique porté par les candidats à la présidentielle, sous les crépitements des flashes et les feux de la rampe médiatique ?
Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer ... A vrai dire, l'enfer est proche.
Patricia Piel.
Libellés : Ecologie